Le coaching adapté au travail social (1)
Publié le 29/03/2010 (823 hits)
Par Yvette Boisson
1ère partie
Parmi les motivations qui poussent certaines personnes à exercer le métier de travailleur social, outre des raisons répondant à un engagement militant ou humanitaire, l'une, qui me semble saillante, c'est aider l'individu à devenir autonome.
Pour ma part j'ai toujours partagé cette motivation, mais après une trentaine d'années d'exercice du métier d'assistante sociale, cette motivation s'était bien émoussée. Pour lutter contre cette lassitude qui s'installe, j'ai choisi de travailler avec différents publics : d'abord des personnes seules, appelées à l'époque « les routards »,le RMI ne les fixait pas encore à un département. Puis, je me suis tournée du coté de la prise en charge des toxicomanes. Et enfin j'étais chargée de l'accompagnement des familles en situation d'exclusion. Mais, la diversité des publics aidés, les différentes formations suivies (liées à des problématiques spécifiques telles que alcoolisme, violences conjugales, prostitution...), des séances de su-pervision et d’analyse de la pratique n'ont pas suffit à me redynamiser et me redonner l'énergie nécessaire pour écouter la souffrance de l'autre et l'aider à la dépasser. C'est alors que j'ai rencontré le coaching : et pourquoi ne pas apporter à ceux qui ont déjà le moins, un accompagnement de qualité, réservé jusque là à une élite ?
Dans les lignes qui suivent j’examinerai rapidement le contenu de la formation du travailleur social, et retracerai un bref historique du travail social. Ensuite je comparerai la posture du tra-vailleur social par rapport à celle du coach.
J’apporterai deux commentaires que ce texte m’amène à faire :
- l’un concerne la légitimité du travailleur social,
- l’autre aborde la question du « burn-out ».
Je poursuivrai, en vous présentant la situation d’un résident dont j’assure l’accompagnement social.
Je terminerai cet article en relatant brièvement mon intervention, et pour conclure je partagerai avec vous son témoignage.
La formation du travailleur social
Elle repose essentiellement sur une formation théorique généraliste qui couvre de nombreux domaines : psychologie, psychopathologie, sociologie, droit, etc.
Elle aborde aussi la question de l’entretien et de la relation d’aide que l’étudiant expérimentera lors de ses stages. Enfin l’étudiant travaillera sur des situations fictives et décrira, à l’occasion de devoirs sur table, le plan d’aide qu’il se propose de mettre en œuvre.
C’est à l’occasion de ses stages qu’il développe ses savoirs faire et savoirs être : accueil de l’usager lors des permanences, montage de dossiers, il délivre des informations, propose des orientations etc.
Il découvre l’usager et ses multiples problématiques, ainsi que les réponses que la société met en place (structures spécialisées en alcoologie, toxicomanie, violences conjugales, dispositif de soutien…)
Il expérimente la relation d’aide avec l’usager, pour ce faire, il va souvent acquérir la posture professionnelle par mimétisme avec son formateur de terrain à travers l’observation, le ques-tionnement et la réflexion.
Il développera et étoffera sa posture professionnelle au contact de ses pairs, sur son lieu de travail.
• A travers les différentes réunions (synthèse, analyse de la pratique…)
• A travers des échanges informels
Il poursuit son apprentissage grâce à des formations complémentaires ciblées sur une pro-blématique spécifique.
A ce stade le travailleur social a accumulé un certain nombre de connaissances, il se spécia-lise selon son domaine d’intervention.
Il sait répondre alors au pourquoi, il comprend l’usager, il sait ce qui l’a amené là.
Cependant de nombreuses études ont démontré que, dans le discours du travailleur social, la pauvreté est un problème de société, et dans la relation avec l’usager, elle reste un problème de l’individu.
Le travailleur social qui sera dans l’incapacité d’accompagner réellement l’usager vers le changement, laissera une large part à l’individu, ce sera à lui de faire le nécessaire pour améliorer sa situation.
Bref historique du travail social
Avant de poursuivre, il convient de rappeler rapidement l’évolution du travail social et com-ment nous sommes habilement formés pour appréhender les situations sous un angle prédéterminé.
Le travail social apparait dès 1897, il s’inscrit dans un courant « psycho-pédagogique » sous l’influence de Binet (psychologue, physiologiste et pédagogue français 1857-1911) C’est la création du QI, mesure l’écart à la norme. La solution est dans la rééducation. Il convient de ramener l’individu à la norme, l’objectif est de « relever, perfectionner », intégrer » .
Le diplôme d’état est crée en 1932, le modèle dominant devient « le modèle médical », il s’inscrit dans un courant sanitaire et hygiéniste (vaccination, hygiène corporelle et domestique…).
Il évoluera vers un modèle psycho social qui se traduit par la création d’une dynamique entre le travail social et l’usager, en prenant en compte ses ressources et celles de son environnement.
L’apport de la psychologie clinique contribue à une meilleure compréhension de la personne, et se développe pendant les trente glorieuses.
On ne recherche pas l’intégration, mais l’émancipation, l’épanouissement, la réalisation de soi, on favorise l’individualisme. Le travailleur social se familiarise aux techniques de l’entretien et à la relation d’aide grâce notamment aux apports de Carl Rogers (1902-1987) – approche centrée sur la personne.
Par un travail d’écoute, le travailleur social amène l’individu à accéder à la parole, à devenir sujet. L’objectif ici est de conduire l’individu vers son émancipation, et la conquête de son autonomie.
Avec l’arrivée de la « crise économique » nous assistons à une massification des problèmes sociaux, les usagers du travail social incarnent l’expression d’une souffrance sociale. Dé-sormais nous ne pouvons plus imposer les normes du plus fort au plus faible. Celui-ci déve-loppe des normes « d’auto-exclusion », préférant s’exclure plutôt que d’être exclu.
Le travail social peut être vécu comme une attaque, une menace. Dès lors, il conviendrait de rentrer davantage dans les normes du plus faible et de privilégier un travail avec autrui, plutôt qu’un travail sur autrui, et pour reprendre une citation de Bertrand Ravon (sociologue à Lyon) « On passe d’une clinique pédagogique à une clinique diplomatique ».
A ce moment de mon article,
je souhaite faire une comparaison entre deux postures professionnelles distinctes :
celle du travailleur social et du coach
L'ASSISTANT SOCIAL
il est en face à face
Relation de soumission (exercice d’un pouvoir sur l’autre)
C’est un expert, il a des connaissance
Il évalue, il sait ce qui est bon pour l’autre
Il fait prendre conscience de ses difficultés à l’usager
C’est de son histoire que viendraient ses difficultés
Il mesure l’écart qui existe entre le comportement de l’usager et la norme sociale
Il souligne les échecs
Il cherche à comprendre, à analyser
Il focalise son aide sur les erreurs, les échecs et les difficultés
Il utilise un vocabulaire spécialisé, compréhensible de ses pairs
Il propose un contrat d’aide à l’usager, portant sur ses difficultés majeures
l’usager devra se comporter comme si le problème n’existait plus
On obtient :
De la passivité : avec une adhésion minimum au projet établi, parfois une mise en échec
De la fuite (évitement) on parle alors de non collaboration
De l’agressivité, qui peut aller jusqu’à la violence et qui amène de l'exclusion
Amène à l’exclusion.
LE COACH
il est en face à face il est côte à côte
Relation de parité
Il est dans le non savoir
Le client est compétent, il sait ce qui est bon pour lui
Il est ouvert, curieux de l’autre, pour lui le client est intelligent,
Il travaille dans le présent
Il aide son client à développer son potentiel
Il amplifie les réussites, il félicite, complimente
Il lui fait expérimenter de nouveaux comportements
Il fait travailler son client sur ses problématiques
Il offre un espace de sécurité, de confidentialité dans lequel le client expérimente la relation
Il s’adapte au vocabulaire de son client, utilise ses mots
Il amène le client à définir son objectif (que veut-il changer, améliorer) a choisir les moyens d'y parvenir
Le problème sera dissout
On obtient :
De la pro-activité : le client devient auteur, acteur, il repère ses besoins et peut les exprimer dans le respect des codes sociaux
Du partenariat : le client est partenaire du projet qu’il s’est lui-même fixé
De l’auto-évaluation : il mesure ses progrès
De l’auto correction : le client sait modifier ses comportements
Enfin il retrouve le chemin de l’autonomie
A la lecture de cet article on peut être amené à faire plusieurs commentaires :
Pour ma part, j’en examinerai deux :
- Quelle légitimité a ce travailleur social pour faire un accompagnement de coaching alors que sa commande est un accompagnement social ?
- Et le deuxième commentaire qui me vient, concerne l’usure professionnelle et le burn-out dont souffre de nombreux travailleurs sociaux.
Comment peut-on en effet trouver l’énergie et le dynamisme nécessaire quant on sait que la bataille est perdue d’avance (cf. le tableau comparatif et les résultats du TS.)
Coaching et travail social : quelle légitimité ?
J'ai la conviction que le coaching enrichi et étoffe ma pratique professionnelle, il répond à mes attentes, mes valeurs et à mon éthique professionnelle :
• Respect de la personne et de son rythme
• Croyance en ses possibilités
• Parité dans la relation
• Confidentialité et secret professionnel
• Non jugement
Et c’est dans ma rencontre avec Saül Karsz que j’ai réellement pris conscience que « l’autre a quelque chose à dire, et que l’écouter ne suffit pas toujours à l’entendre. »
Pour S. Karsz (pourquoi le travail social ? Ed. Dunod 2004) le travail social est apparu sous trois figures :
• D’abord la charité, dont l’une de ses actualisations contemporaines est l’humanitaire.
• Puis la prise en charge, encore en vigueur, qui consiste à guider quelqu’un pour qu’il parvienne à bon port, là ou il est censé aboutir. La prise en charge induit ce qui est désirable, ce qu’il convient de désirer, ce qu’il faut désirer.
• Et enfin, la prise en compte : Pour S.Karsz le travailleur social s’évertue à essayer de mobiliser l’usager, l’amener à se prendre en charge, alors que c’est ailleurs que l’usager agit, il se responsabilise sur d’autres choses que là où on l’attend.
S’en apercevoir suppose de quitter le cadre de la prise en charge et la logique du cas. Il s’agit d’admettre qu’il y a du sujet, que lui ne saurait faire l’objet d’une prise en charge, mais peut être d’un accompagnement au cours d’une prise en compte, d’une prise en considération.
Ainsi proposer un accompagnement de coaching à l’usager, c’est prendre le temps de la rencontre, de le prendre en compte, de le respecter et le considérer.
Et comme on le verra plus loin, avec le témoignage de Luis, son objectif était de prouver à son père qu’il avait changé, afin de dialoguer avec lui.
Il était inutile d’essayer de le mobiliser sur autre chose, il n’aurait pas été disponible. Après quelques séances de coaching, son objectif atteint, Luis nous a offert de l’insertion sociale. La confiance en lui retrouvée, il s’est montré respectueux du règlement intérieur, entretenait de bonnes relations avec le personnel, donnait satisfaction à l’employeur, avait le souci de régler son loyer.
Me former au métier de coach m’a permis de découvrir une posture différente, d’expérimenter une relation nouvelle a travers laquelle l’usager retrouve sa liberté d’expression, et moi une cohérence avec mes valeurs. A travers cette relation « le faible » redevient central, il est digne d’intérêt, sa parole est respectée. Il est questionné, on s’enrichit on est curieux de l’autre, on progresse, on avance, on s’arrête, on rit…silence…et on repart, notre questionnement amène l’autre à explorer des zones oubliées ou inconnues, qu’on découvre ensemble
Travail social et burnout
Si le travailleur social est largement doté de connaissances et de théories, il est armé pour que les gens aillent aussi bien que possible mais, dépourvu des outils nécessaires pour que les gens aillent mieux. Ainsi, au mieux, le travailleur social améliore la situation de l’usager.
Grace aux aides, secours et autres subventions, il allège la situation du destinataire et rend supportable ses conditions de vie, dans l’attente d’une amélioration par l’octroi d’un logement, d’un travail, d’un titre de séjour.
Or l’une des motivations du travailleur social est de rendre l’individu autonome…de plus de nombreux travailleurs sociaux cherchent à se démarquer des formes d’assistance anciennes, et, dans leurs représentations, avant d’être inséré, l’individu doit être transformé. Une conviction tenace, dans ces professions, consiste à dire que l’individu est capable de changement … (Yvette Boisson DSTS représentations sociales du pauvre).
Ainsi nous voyons bien que si le travailleur social parvient à modifier la situation de l’usager il reste impuissant à obtenir un changement de la personne et, je me demande si ce n’est pas dans cet écart, entre changement de la situation obtenue et changement de la personne désiré que se niche une des causes du burn-out.
Pour conclure mon propos, je me proposerai dans la partie suivante de vous raconter brièvement l’histoire de Luis et de partager avec vous son témoignage. Cet exemple illustre bien comment, le coaching adossé à un accompagnement social, offre à l’usager les moyens de changer; changer sa manière d’être au monde et sa perception du monde. Il offre au travail-leur social le sentiment d’être allé au bout de sa mission et lui permet de retrouver un épa-nouissement dans l’exercice de sa profession.
Suite et fin de cet article en mai 2010
6 Commentaire(s) :
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je suis particulièrement heureuse de découvrir votre article. Jeune assistante sociale, je me suis formée l'an passé au coaching. J'ai été particulierement heureuse d'y trouver/découvrir des outils pratiques, concrêt et clairement orienté vers la personne.
Je suis même sortie de cette formation étonnée qu'aucune référance ne soit faite à l'heure actuelle des les écoles de travail social (à ma connaissance du moins) à des outils tels que la PNL, la communication orientée solution.
Au-delà de ces outils, l'esprit même du coaching correspond beaucoup plus à mes aspirations en tant que particienne de la relation d'aide.
Au plaisir de vous avoir lue.... et il nous reste bien à faire avancer en la matière !
Merci pour ton témoignage et ton réalisme.Alors,800 euros c'est la version pessimiste,non?Pour le reste,en pratiquant le coaching,je me nourris et m'enrichis de belles rencontres...Et ça,ça n'a pas de prix..(???)A très bientôt j'espère
-Le coaching,démarche pragmatique,à consonnance américaine suscite peut être la méfiance et la suspicion..
-dans une culture judéo chrétienne:"faudrait-il souffrir pour s'en sortir?"(là,j'exagère...)
Alors Fanny,il nous reste à promouvoir le coaching dans nos services et nos institutions,auprès des étudiants..Quel sera ton prochain petit pas?Bon courage à toi et bellejournée